La boussole
Six principes fondateurs
Ils ne sont pas des slogans : ils sont les critères à l’aune desquels chacune de nos mesures doit pouvoir être jugée.
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Le progrès scientifique est un bien commun
La connaissance est le seul bien qui s’accroît lorsqu’on le partage : une idée donnée n’est pas une idée perdue. L’innovation n’est pas le problème ; le problème est la répartition de ses fruits.
En 1794, proscrit et caché, Condorcet écrivait l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain : traqué par la Terreur, il pariait encore que les Lumières finiraient par éclairer la terre entière. Nous héritons de ce pari. Nous ne demandons pas moins de science ; nous exigeons qu’elle tienne ses promesses pour tous.
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La technologie doit renforcer les citoyens, non les surveiller
Un habeas corpus numérique : les données appartiennent aux citoyens ; tout algorithme public est explicable et auditable ; tout logiciel financé par l’impôt est ouvert ; tout accès à une donnée personnelle laisse une trace.
Le numérique peut construire deux mondes opposés : le panoptique, où l’État voit tout et n’explique rien, ou son inverse exact, celui que nous voulons : un État transparent face à des citoyens maîtres de leur secret. À l’État la transparence, au citoyen la maîtrise.
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L’écologie est un projet d’innovation
Une civilisation ne se décarbone pas à la bonne volonté : elle se décarbone par ses infrastructures. Produire autrement plutôt que produire moins. Notre horizon a un nom : l’abondance décarbonée.
La sobriété a sa noblesse, et nous ne méprisons aucun effort individuel. Mais nous voulons faire du comportement vertueux le comportement le plus simple, le moins cher et le plus agréable.
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L’intelligence artificielle est une infrastructure publique
Comme l’eau, l’électricité ou Internet, l’IA doit devenir un service accessible à tous : à l’élève de Guéret comme au chercheur de Saclay, à l’artisan comme à l’hôpital. L’intelligence ne doit pas devenir un luxe.
En 1946, la République a fait de l’électricité un service public pour que la lumière ne dépende ni de la géographie ni de la fortune. L’intelligence artificielle appelle le même geste. Infrastructure publique ne signifie pas monopole d’État : la République garantit l’accès ; elle n’a pas vocation à être seule à inventer.
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Le temps libéré par l’automatisation appartient à tous
Chaque heure que la machine libère est une richesse collective, dont l’affectation (salaire, repos, formation, création ou soin) doit être un choix démocratique, non un fait accompli.
En 1930, Keynes prédisait la semaine de quinze heures. La productivité promise est advenue ; le temps promis, lui, s’est évaporé, capté sans débat ni décret. Nous refusons que l’histoire se répète avec l’IA.
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L’État doit devenir une plateforme
Un État qui outille : qui construit une fois ce qui servira partout, et qui partage ses logiciels comme il partage ses routes. Ce que l’État sait déjà, il ne le redemande plus ; ce qu’il a déjà payé, il ne le rachète plus.
Non pas un État qui s’efface, mais un État qui cesse d’exiger des citoyens qu’ils fassent la navette entre des administrations qui ne se parlent pas.